Apple Intelligence un an après : bilan d’un géant technologique en retard sur l’IA
Résumé rapide
📑 Sommaire Introduction : un anniversaire en demi-teinte WWDC 2025 : les promesses d'Apple Intelligence Fonctionnalités livrées vs promises Siri LLM : la grande déception On-device ML et le Neural Engine La carte de la vie privée Face à Google et Samsung : un retard assumé ? Réception publique et critiques App Store et écosystème IA Prospective : que peut encore espérer Apple ? 1. Introduction : un anniversaire en...
1. Introduction : un anniversaire en demi-teinte
En juin 2025, Tim Cook montait sur la scène du Steve Jobs Theater pour dévoiler ce qu’il qualifiait alors de « la plus grande révolution de l’histoire d’Apple » : Apple Intelligence, un ensemble de fonctionnalités d’intelligence artificielle intégrées au cœur d’iOS, iPadOS et macOS. Près d’un an plus tard, le bilan est loin d’être aussi triomphal que les applaudissements de la keynote le laissaient présager. Alors que les concurrents — Google avec Gemini, Samsung avec Galaxy AI, Microsoft avec Copilot — ont multiplié les innovations et les déploiements à grande échelle, Apple semble avancer avec une prudence qui confine parfois à l’immobilisme.
Cette analyse ne vise ni à enterrer prématurément Apple dans la course à l’IA, ni à minimiser ses réalisations réelles. Il s’agit plutôt de dresser un état des lieux rigoureux, factuel et nuancé de ce qu’Apple Intelligence a accompli en un an, de ce qu’il reste à livrer, et des choix stratégiques — parfois controversés — qui expliquent la position actuelle du géant de Cupertino dans un paysage technologique bouleversé par la révolution des grands modèles de langage.
« Apple n’a pas raté le virage de l’IA. Apple a choisi de prendre le virage plus lentement, et la question est de savoir si le marché lui en laissera le temps. »
— Ben Thompson, analyste chez Stratechery, janvier 2026
2. WWDC 2025 : les promesses d’Apple Intelligence
La conférence mondiale des développeurs de juin 2025 a marqué un tournant dans la communication d’Apple sur l’intelligence artificielle. Après des années de discrétion sur le sujet — là où ses concurrents multipliaient les annonces spectaculaires —, Apple a consacré près de deux heures de sa keynote à détailler sa vision de l’IA. Le message était clair : Apple Intelligence ne serait pas une simple couche de fonctionnalités ajoutées après coup, mais une refonte en profondeur de l’expérience utilisateur, profondément intégrée au système d’exploitation et conçue dès le départ pour respecter la vie privée.
Les promesses étaient ambitieuses et multiples. Un nouveau Siri, alimenté par un grand modèle de langage développé en interne, capable de conversations contextuelles naturelles, de comprendre le contenu à l’écran, de manipuler des applications tierces et de maintenir un historique conversationnel riche. Des outils d’écriture intelligents intégrés à l’ensemble du système — correction avancée, reformulation, résumé, changement de ton — fonctionnant dans n’importe quel champ de texte. Un système de génération d’images appelé Image Playground, capable de créer des illustrations dans différents styles (croquis, illustration, animation) à partir de descriptions textuelles. Des notifications intelligentes capables de résumer et de prioriser les messages. Un système de transcription et de résumé automatique des appels téléphoniques et des mémos vocaux. Et enfin, Private Cloud Compute, une infrastructure serveur dédiée permettant de traiter les requêtes IA trop complexes pour le Neural Engine de l’appareil, tout en garantissant que les données ne sont jamais stockées ni accessibles par Apple.
Craig Federighi, vice-président senior de l’ingénierie logicielle, avait pris soin d’insister sur l’approche « privacy-first » d’Apple : la majorité des traitements IA seraient effectués directement sur l’appareil grâce au Neural Engine, et les requêtes nécessitant une puissance de calcul supérieure seraient envoyées à Private Cloud Compute, un environnement isolé et vérifiable cryptographiquement. Cette approche se positionnait explicitement comme une alternative aux solutions cloud de Google et Microsoft, où les données utilisateur transitent par des serveurs traditionnels.
3. Fonctionnalités livrées vs promises
Un an après ces annonces retentissantes, l’heure est au bilan. Et le tableau de bord d’Apple Intelligence ressemble davantage à un chantier en cours qu’à un produit fini. Si certaines fonctionnalités ont été livrées dans les temps et fonctionnent de manière satisfaisante, d’autres ont été déployées en version dégradée, et plusieurs restent tout simplement absentes.
3.1 Ce qui fonctionne bien
Les outils d’écriture constituent sans doute la réussite la plus incontestable d’Apple Intelligence. Disponibles dans l’ensemble du système — Mail, Notes, Messages, Safari, et même les applications tierces via l’API Writing Tools —, ils permettent de reformuler un texte, d’en corriger la grammaire et le style, de le résumer ou d’en changer le ton (professionnel, décontracté, concis). La qualité des suggestions est généralement bonne, comparable à ce que proposent Grammarly ou les outils intégrés de Google Docs, et l’intégration native au système offre une expérience fluide et cohérente que les solutions tierces ne peuvent pas égaler.
La transcription automatique des mémos vocaux et des appels téléphoniques fonctionne remarquablement bien, avec une précision qui rivalise avec Whisper d’OpenAI pour l’anglais et le français. Le résumé automatique des conversations longues est pertinent et bien structuré. La suppression d’objets dans les photos (Clean Up) offre des résultats impressionnants sur les scènes simples, même si elle peine encore avec les arrière-plans complexes ou les occlusions multiples.
Les notifications résumées, qui condensent les longues discussions de groupe en quelques lignes, se sont révélées étonnamment utiles au quotidien. Les réponses suggérées dans Messages et Mail sont contextuellement pertinentes et s’améliorent visiblement avec le temps grâce à l’apprentissage on-device.
3.2 Ce qui déçoit
Image Playground, l’outil de génération d’images, a été livré avec des capacités très en deçà des promesses initiales. Les images générées restent limitées à des styles illustratifs (pas de photoréalisme), la diversité des sujets est restreinte par des garde-fous excessivement conservateurs (pas de personnes publiques, pas de scènes violentes, pas de contenu même vaguement controversé), et la qualité artistique est nettement inférieure à ce que proposent Midjourney, DALL-E 3 ou Stable Diffusion. Les Genmoji — emojis personnalisés générés par IA — sont amusants mais anecdotiques, et leur nouveauté s’estompe rapidement.
La fonctionnalité la plus attendue — et la plus décevante — est sans conteste le nouveau Siri, dont nous détaillerons l’analyse dans la section suivante. Les fonctionnalités multilingues ont été déployées avec un retard considérable : seul l’anglais américain était supporté au lancement, le français, l’allemand et l’espagnol n’ayant été ajoutés qu’en mars 2026, soit neuf mois après l’annonce. Le chinois mandarin, le japonais et le coréen restent à ce jour absents, ce qui est particulièrement problématique pour des marchés stratégiques d’Apple.
En février 2026, Apple Intelligence n’est toujours pas disponible en Chine continentale, l’un des plus grands marchés d’Apple, en raison des réglementations sur l’IA et des négociations avec les autorités locales. L’Union européenne a vu un déploiement retardé de plusieurs mois en raison du Digital Markets Act. Cette fragmentation géographique limite considérablement la portée réelle d’Apple Intelligence.
4. Siri LLM : la grande déception
Siri est l’éléphant dans la pièce lorsqu’on évalue Apple Intelligence. L’assistant vocal d’Apple, lancé en 2011 — bien avant Alexa ou Google Assistant —, a longtemps été considéré comme le pionnier de l’IA conversationnelle grand public. Mais alors que ses concurrents ont été profondément transformés par l’intégration de grands modèles de langage (Gemini pour Google Assistant, les modèles GPT pour Cortana/Copilot), Siri semble être resté prisonnier de son architecture originelle basée sur des intentions et des commandes prédéfinies.
Apple avait promis un Siri radicalement nouveau : conversationnel, contextuel, capable de comprendre des requêtes complexes et ambiguës, de suivre le fil d’une conversation sur plusieurs échanges, et surtout de manipuler les applications tierces via un système d’actions (App Intents). Un an plus tard, ce « nouveau Siri » n’a été que partiellement déployé. L’interface visuelle a bien été modernisée — un halo lumineux animé remplace le globe multicolore —, et Siri est effectivement plus naturel dans ses formulations de réponse. Mais les capacités conversationnelles profondes restent limitées.
« Demander à Siri de résumer un email fonctionne bien. Lui demander de trouver les emails de la semaine dernière concernant le projet Alpha, d’en extraire les dates de réunion et de les ajouter au calendrier… c’est encore de la science-fiction. Google Assistant avec Gemini fait ça depuis six mois. »
— Marques Brownlee (MKBHD), critique technologique, décembre 2025
Le système d’App Intents, qui devait permettre à Siri de manipuler les applications tierces de manière intelligente, souffre d’un problème d’adoption. Moins de 15% des applications du top 100 de l’App Store ont implémenté les nouveaux App Intents à ce jour, selon une analyse de AppFigures. Sans cette adoption massive, les capacités cross-app de Siri restent théoriques. Les développeurs hésitent à investir dans une fonctionnalité dont l’usage réel par les utilisateurs reste anecdotique — un cercle vicieux classique de l’adoption de plateforme.
La compréhension contextuelle on-screen — la capacité de Siri à « voir » ce qui est affiché à l’écran et à agir en conséquence — fonctionne pour les applications Apple natives (Safari, Mail, Notes), mais reste très limitée dans les applications tierces. Quant à la mémoire conversationnelle, elle est fonctionnelle mais superficielle : Siri se souvient du contexte immédiat d’une conversation, mais ne construit pas de profil utilisateur riche sur le long terme comme le fait Google Assistant.
Le cœur du problème semble être architectural. Selon plusieurs sources internes rapportées par The Information et Bloomberg, Apple a choisi de construire son propre modèle de langage (Ajax) plutôt que de s’appuyer sur un partenaire externe comme OpenAI ou Google. Si ce choix est cohérent avec la philosophie de contrôle vertical d’Apple, il a considérablement ralenti le développement. Les modèles Ajax, bien qu’en progrès constant, n’atteignent pas encore les performances de GPT-4o ou de Gemini Ultra sur les benchmarks de raisonnement et de suivi d’instructions complexes. Apple a partiellement contourné cette limitation en intégrant un mode « ChatGPT » optionnel dans Siri — alimenté par OpenAI via un accord commercial —, mais cette solution hybride crée une expérience utilisateur fragmentée et soulève des questions de cohérence de marque.
5. On-device ML et le Neural Engine
Si Apple Intelligence déçoit sur le plan logiciel, la situation est radicalement différente côté hardware. Apple possède un avantage structurel considérable dans le domaine de l’IA on-device grâce à son Neural Engine, un processeur spécialisé dans l’inférence de réseaux de neurones intégré à chaque puce Apple Silicon. Le Neural Engine de la puce A18 Pro (iPhone 16 Pro) et de la puce M4 offre des performances d’inférence impressionnantes : jusqu’à 35 TOPS (trillions d’opérations par seconde) pour l’A18 Pro et 38 TOPS pour le M4, ce qui les place parmi les NPU les plus puissants du marché mobile.
Cette puissance de calcul on-device permet à Apple d’exécuter des modèles de langage compacts directement sur l’iPhone, sans connexion internet et sans envoyer de données à un serveur. Le modèle on-device d’Apple Intelligence — estimé à environ 3 milliards de paramètres selon les analyses de chercheurs indépendants — est suffisamment performant pour les tâches courantes : résumé de texte, correction grammaticale, classification de notifications, réponses suggérées. Pour les tâches plus complexes nécessitant un modèle plus large, le système bascule transparentement vers Private Cloud Compute.
La quantification des modèles (réduction de la précision numérique de FP16 à INT4 ou INT8) et les techniques de distillation de connaissances (entraîner un petit modèle à reproduire le comportement d’un grand) sont au cœur de la stratégie d’Apple pour faire tourner des modèles performants sur des appareils aux ressources limitées. Le framework Core ML, profondément optimisé pour Apple Silicon, offre des performances d’inférence souvent supérieures à celles de TensorFlow Lite ou ONNX Runtime sur le même hardware, grâce à une intégration matérielle-logicielle que seul Apple peut réaliser.
« Apple ne gagnera peut-être pas la course aux benchmarks de modèles de langage. Mais quand il s’agit de faire tourner de l’IA de manière efficace dans votre poche, avec une vraie optimisation matériel-logiciel, personne ne peut rivaliser avec l’intégration verticale d’Apple Silicon. »
— Andrej Karpathy, ancien directeur de l’IA chez Tesla
Les performances du Neural Engine se traduisent concrètement par une latence d’inférence remarquablement basse. La génération de texte avec le modèle on-device produit environ 30 tokens par seconde sur l’iPhone 16 Pro, ce qui rend les interactions avec les outils d’écriture pratiquement instantanées. La transcription audio en temps réel fonctionne à une vitesse 2x à 3x supérieure au temps réel, permettant de transcrire un enregistrement d’une heure en moins de vingt minutes. Ces performances sont d’autant plus impressionnantes qu’elles sont obtenues avec une consommation énergétique minimale, ce qui est critique pour un appareil mobile.
Cependant, l’approche on-device crée aussi une fracture dans la base installée d’Apple. Apple Intelligence nécessite au minimum un iPhone 15 Pro (puce A17 Pro) ou un iPad/Mac avec puce M1, excluant de facto la grande majorité des centaines de millions d’iPhone en circulation. Cette limitation matérielle, bien que techniquement justifiée, freine considérablement l’adoption d’Apple Intelligence et crée une pression à l’upgrade qui n’est pas toujours bien perçue par les consommateurs.
6. La carte de la vie privée
La vie privée est l’argument le plus convaincant — et le plus sincère — du discours d’Apple sur l’IA. Dans un contexte où les utilisateurs sont de plus en plus conscients de la valeur de leurs données personnelles, et où les régulateurs (RGPD en Europe, CCPA en Californie, AI Act européen) renforcent progressivement les obligations de transparence et de protection, l’approche privacy-first d’Apple Intelligence constitue un différenciateur stratégique majeur.
Le cœur de cette approche repose sur trois piliers. Premièrement, le traitement on-device : la majorité des opérations d’IA sont exécutées directement sur l’appareil de l’utilisateur grâce au Neural Engine, sans qu’aucune donnée ne quitte l’iPhone ou le Mac. Les modèles de résumé, de correction, de classification des notifications et de reconnaissance d’images fonctionnent entièrement en local. Deuxièmement, Private Cloud Compute (PCC) : pour les requêtes nécessitant un modèle plus puissant, les données sont envoyées à des serveurs Apple Silicon dédiés, dans un environnement dont le code source est publiquement vérifiable, qui ne conserve aucune donnée après le traitement, et dont les logs ne permettent pas de relier une requête à un utilisateur spécifique. Troisièmement, le consentement explicite : toute interaction avec un service tiers (comme l’option ChatGPT intégrée à Siri) nécessite une confirmation explicite de l’utilisateur, avec une indication claire que les données seront envoyées à un tiers.
Apple a soumis Private Cloud Compute à un audit de sécurité indépendant mené par le NCC Group, un cabinet de cybersécurité réputé. Les résultats, publiés en novembre 2025, ont confirmé que l’architecture répondait aux promesses de confidentialité formulées par Apple, avec quelques réserves mineures sur la vérifiabilité à long terme du système. Apple a également ouvert un programme de bug bounty dédié à PCC, offrant jusqu’à 1 million de dollars pour la découverte de vulnérabilités critiques, ce qui témoigne d’une confiance réelle dans la sécurité de l’infrastructure.
Toutefois, l’approche de la vie privée a un coût en termes de fonctionnalités et de personnalisation. Google Assistant et Gemini, qui s’appuient sur l’historique de recherche, les emails Gmail, le calendrier, les déplacements Google Maps et les achats Google Play, peuvent offrir une personnalisation et une anticipation des besoins que Siri ne peut tout simplement pas égaler sans accéder à des données comparables. La question fondamentale — et la plus difficile — est de savoir si les utilisateurs préfèrent un assistant plus respectueux de leur vie privée mais moins performant, ou un assistant plus intrusif mais plus utile. Les études de marché donnent des résultats contradictoires selon les régions et les démographies.
7. Face à Google et Samsung : un retard assumé ?
Pour mesurer objectivement la position d’Apple, il est indispensable de la comparer aux stratégies IA de ses deux principaux concurrents dans l’écosystème mobile : Google et Samsung.
7.1 Google : l’intégration totale de Gemini
Google a adopté une approche radicalement opposée à celle d’Apple en plaçant son modèle Gemini au cœur de l’ensemble de son écosystème. Gemini a remplacé Google Assistant comme assistant par défaut sur Android en octobre 2025, offrant des capacités conversationnelles nettement supérieures à Siri. L’intégration avec Gmail, Google Docs, Google Calendar, Google Maps et YouTube permet des interactions cross-service d’une fluidité remarquable. Gemini peut analyser un email, créer un événement de calendrier avec les informations pertinentes, suggérer un itinéraire, et préparer un brouillon de réponse — le tout en une seule interaction conversationnelle.
Google a également pris une avance significative dans le domaine du multimodal. Gemini 1.5 Pro, avec sa fenêtre de contexte de 2 millions de tokens, permet des analyses de documents longs, de vidéos et d’images que l’infrastructure on-device d’Apple ne peut tout simplement pas égaler. La fonction « Circle to Search », qui permet de rechercher n’importe quel élément visible à l’écran en le cerclant du doigt, n’a pas d’équivalent dans l’écosystème Apple.
7.2 Samsung : Galaxy AI, l’aggressivité du challenger
Samsung, avec sa suite Galaxy AI lancée sur les Galaxy S24 en janvier 2024, a pris une année d’avance sur Apple en termes de déploiement commercial. Les fonctionnalités phares — traduction en temps réel des appels téléphoniques (Live Translate), résumé de notes, retouche photo par IA (Generative Edit), transcription d’enregistrements — ont été disponibles bien avant leurs équivalents Apple Intelligence. Samsung bénéficie de sa collaboration avec Google (modèles Gemini Nano on-device) tout en maintenant des partenariats avec d’autres fournisseurs d’IA, lui donnant une flexibilité qu’Apple, avec son approche propriétaire, ne possède pas.
Le Galaxy S25 Ultra, lancé en janvier 2026, pousse encore plus loin l’intégration IA avec des fonctionnalités d’agent autonome : l’assistant peut naviguer dans des applications, remplir des formulaires et exécuter des séquences d’actions complexes de manière semi-autonome. Cette capacité d’agence — que Siri promet mais ne livre pas encore de manière convaincante — pourrait s’avérer être un différenciateur décisif dans les mois à venir.
Génération d’images : Apple ⭐⭐ | Google ⭐⭐⭐⭐ | Samsung ⭐⭐⭐
Assistant conversationnel : Apple ⭐⭐ | Google ⭐⭐⭐⭐⭐ | Samsung ⭐⭐⭐⭐
Traduction temps réel : Apple ⭐⭐⭐ | Google ⭐⭐⭐⭐ | Samsung ⭐⭐⭐⭐
Confidentialité : Apple ⭐⭐⭐⭐⭐ | Google ⭐⭐ | Samsung ⭐⭐⭐
Intégration système : Apple ⭐⭐⭐⭐ | Google ⭐⭐⭐⭐ | Samsung ⭐⭐⭐
Multilingue : Apple ⭐⭐ | Google ⭐⭐⭐⭐⭐ | Samsung ⭐⭐⭐⭐
8. Réception publique et critiques
La réception d’Apple Intelligence par le public et la presse spécialisée a été mitigée, oscillant entre la reconnaissance des réussites réelles et la frustration face aux promesses non tenues. Les critiques se concentrent sur trois axes principaux : la lenteur du déploiement, la disparité avec les concurrents, et l’impact limité sur l’expérience utilisateur quotidienne.
Les chiffres d’adoption confirment ce bilan nuancé. Selon une étude de Consumer Intelligence Research Partners (CIRP) publiée en janvier 2026, seulement 38% des possesseurs d’un iPhone compatible avaient activé les fonctionnalités Apple Intelligence, et parmi ceux-ci, seulement 22% les utilisaient quotidiennement. Les fonctionnalités les plus utilisées étaient les outils d’écriture (67% des utilisateurs actifs), les notifications résumées (54%) et la transcription de mémos vocaux (41%). Image Playground n’était utilisé régulièrement que par 12% des utilisateurs, et le nouveau Siri suscitait un taux de satisfaction de seulement 3,2/5, contre 4,1/5 pour Google Gemini et 3,8/5 pour Galaxy AI.
« Apple Intelligence est ce qui arrive quand une entreprise obsédée par le polish et la perfection rencontre un domaine technologique qui évolue à la vitesse de la lumière. Le résultat est un produit poli mais qui manque d’ambition, dans un monde où les utilisateurs sont prêts à tolérer quelques imperfections en échange d’une fonctionnalité transformative. »
— Nilay Patel, rédacteur en chef de The Verge, novembre 2025
Les analystes financiers sont plus mesurés dans leurs critiques. Les résultats trimestriels d’Apple pour le Q1 FY2026 (octobre-décembre 2025) ont montré une croissance des ventes d’iPhone de 6% en glissement annuel, portée en partie par les modèles compatibles Apple Intelligence. Le cycle d’upgrade vers l’iPhone 16 Pro a été plus fort que prévu, suggérant que, malgré les critiques, Apple Intelligence constitue un argument de vente, même imparfait. L’action Apple a progressé de 18% sur l’année 2025, surperformant le S&P 500 de 3 points, ce qui indique que les investisseurs maintiennent leur confiance dans la stratégie à long terme de l’entreprise.
Sur les réseaux sociaux et les forums technologiques, le sentiment est plus polarisé. Les utilisateurs les plus enthousiastes louent la fluidité de l’intégration et le respect de la vie privée. Les plus critiques dressent des comparaisons défavorables avec ChatGPT, Gemini ou Perplexity, estimant que Siri est « toujours aussi bête » et qu’Apple « facture un supplément pour des fonctionnalités que Google offre gratuitement ». La communauté des développeurs Apple est elle aussi divisée : certains apprécient les nouvelles API (SiriKit avancé, App Intents, Core ML 7), tandis que d’autres regrettent le manque de documentation, les limitations des modèles on-device, et l’absence d’accès aux modèles serveur d’Apple pour les applications tierces.
9. App Store et écosystème IA
L’App Store est historiquement le principal vecteur de différenciation de l’écosystème Apple. Or, dans le domaine de l’IA, la situation de l’App Store est paradoxale. D’un côté, les applications IA connaissent une croissance explosive : selon Sensor Tower, la catégorie « Productivité IA » a enregistré une croissance de 340% des téléchargements en 2025. ChatGPT est devenu la 3ème application la plus téléchargée au monde, et des applications comme Perplexity AI, Character.AI, Poe et Notion AI figurent régulièrement dans le top 50.
Mais cette prolifération pose un problème stratégique pour Apple. Ces applications IA tierces, souvent supérieures aux fonctionnalités natives d’Apple Intelligence, créent une situation où l’écosystème Apple bénéficie de l’IA… mais pas grâce à Apple. Les utilisateurs d’iPhone qui veulent le meilleur de l’IA se tournent vers ChatGPT (OpenAI), Gemini (Google) ou Copilot (Microsoft) plutôt que vers Siri ou les outils Apple Intelligence. Cette dynamique affaiblit la proposition de valeur d’Apple Intelligence et renforce la position des concurrents au sein même de l’écosystème Apple.
Apple a tenté de répondre à cette concurrence en ouvrant ses API de développement. Le framework Core ML 7, disponible depuis WWDC 2025, offre des performances d’inférence améliorées et un support étendu pour les architectures transformer. Le nouveau framework MLX (Machine Learning eXploration), initialement développé pour la recherche interne, a été ouvert aux développeurs et permet d’entraîner et d’exécuter des modèles directement sur Mac avec Apple Silicon. Cependant, l’écosystème MLX reste immature comparé à PyTorch ou TensorFlow, et l’adoption par les développeurs tiers est encore limitée.
La question de la commission de 30% de l’App Store sur les achats in-app est également un frein. Plusieurs éditeurs d’applications IA (OpenAI, Anthropic) ont publiquement critiqué cette commission, estimant qu’elle est incompatible avec les marges étroites des services d’IA qui supportent des coûts d’inférence GPU substantiels. OpenAI a d’ailleurs augmenté le prix de son abonnement ChatGPT Plus de 2 dollars sur iOS par rapport au web pour compenser cette commission, créant une distorsion de prix qui pénalise l’expérience iOS.
10. Prospective : que peut encore espérer Apple ?
Malgré le bilan mitigé de cette première année, il serait prématuré de condamner la stratégie d’Apple dans l’IA. L’histoire de la technologie a montré à maintes reprises qu’Apple excelle non pas à être le premier, mais à être le meilleur quand il se lance réellement. L’iPod n’était pas le premier lecteur MP3, l’iPhone n’était pas le premier smartphone, l’Apple Watch n’était pas la première montre connectée. À chaque fois, Apple est arrivé en retard mais a redéfini la catégorie par la qualité de l’intégration et de l’expérience utilisateur.
Plusieurs éléments laissent penser qu’Apple prépare une offensive significative pour 2026 et au-delà. Premièrement, les investissements massifs dans l’infrastructure : Apple a annoncé en décembre 2025 un investissement de 10 milliards de dollars dans des centres de données dédiés à Private Cloud Compute, incluant l’acquisition de puces serveur Apple Silicon M4 Ultra et le développement d’une future puce « M5 Server » spécifiquement conçue pour l’inférence IA à grande échelle. Deuxièmement, les recrutements stratégiques : Apple a embauché plusieurs centaines de chercheurs en IA au cours de l’année 2025, dont plusieurs venant de Google DeepMind, OpenAI et Anthropic, avec des packages de rémunération exceptionnellement agressifs.
Troisièmement, le projet « Siri 2.0 » — dont l’existence a été confirmée par Mark Gurman de Bloomberg — vise à reconstruire entièrement le backend de Siri autour d’un LLM maison de nouvelle génération, avec des capacités d’agence avancées (navigation autonome dans les applications, exécution de workflows complexes, mémoire persistante). Ce nouveau Siri, attendu pour iOS 20 (septembre 2026), pourrait combler l’essentiel du retard sur Gemini si les promesses sont tenues — un « si » de taille compte tenu de l’historique récent.
Quatrièmement, le Vision Pro et la réalité spatiale représentent un terrain où l’IA d’Apple pourrait trouver un différenciateur unique. L’intégration de la compréhension spatiale, de la reconnaissance d’objets en temps réel et de l’interaction naturelle dans un environnement de réalité mixte est un défi où l’intégration verticale hardware-software d’Apple constitue un avantage concurrentiel majeur que ni Google ni Samsung ne peuvent répliquer facilement.
« L’IA est un marathon, pas un sprint. Apple a les ressources financières, l’infrastructure matérielle et la base installée pour devenir un acteur majeur de l’IA. La question n’est pas “est-ce qu’ils peuvent ?”, mais “est-ce qu’ils le feront assez vite avant que les habitudes des utilisateurs ne se cristallisent autour des solutions concurrentes ?” »
— Ming-Chi Kuo, analyste chez TF International Securities, janvier 2026
En conclusion, Apple Intelligence après un an est un produit inachevé qui porte les marques d’un développement précipité par la pression concurrentielle, dans une entreprise dont la culture de perfection se heurte à la vitesse de l’innovation en IA. Les fondations sont solides — l’intégration hardware, l’approche privacy-first, l’écosystème développeur —, mais l’édifice reste à construire. Les douze prochains mois seront décisifs : soit Apple parvient à combler son retard fonctionnel tout en préservant ses avantages différenciants, soit le fossé avec Google et Samsung se creusera au point de devenir un désavantage commercial tangible. L’enjeu n’est rien de moins que la pertinence d’Apple dans l’ère de l’intelligence artificielle.
📚 Sources et références
- Gurman, M. (2025). Apple’s AI Push: Inside the Race to Catch Up. Bloomberg Technology. bloomberg.com
- Apple Inc. (2025). WWDC 2025 Keynote: Apple Intelligence. developer.apple.com/wwdc25
- Consumer Intelligence Research Partners (2026). Apple Intelligence Adoption Report Q1 2026. cirpllc.com
- NCC Group (2025). Apple Private Cloud Compute Security Assessment. nccgroup.com
- Thompson, B. (2026). Apple Intelligence: One Year Later. Stratechery. stratechery.com
- Sensor Tower (2025). State of AI Apps 2025. sensortower.com
- Patel, N. (2025). Apple Intelligence Review: Too Little, Too Late?. The Verge. theverge.com