Trois ans après ChatGPT : comment l’IA a réellement transformé le marché de l’emploi

Sommaire

Introduction : le séisme ChatGPT, trois ans après

Le 30 novembre 2022, OpenAI lançait ChatGPT. En l’espace de cinq jours, l’application atteignait un million d’utilisateurs — un record absolu dans l’histoire de la technologie. En deux mois, elle franchissait les 100 millions d’utilisateurs actifs mensuels, pulvérisant les records de TikTok (9 mois) et d’Instagram (2,5 ans). Mais au-delà des chiffres vertigineux d’adoption, c’est l’onde de choc économique et sociale qui a véritablement marqué l’histoire.

Trois ans plus tard, en février 2026, nous disposons enfin du recul nécessaire pour dresser un bilan honnête de l’impact de l’IA générative sur le marché de l’emploi. Et ce bilan est plus nuancé — et plus fascinant — que ne le prédisaient les optimistes béats comme les prophètes de l’apocalypse. Non, l’IA n’a pas provoqué le chômage de masse que certains redoutaient. Mais non, elle n’a pas non plus été le simple « outil de productivité » anodin que d’autres voulaient y voir. La réalité est plus complexe, plus subtile et, pour beaucoup de travailleurs, plus douloureuse que les narratifs simplistes ne le laissaient entendre.

Dans cet article, nous allons examiner méthodiquement ce qui s’est réellement passé : quels métiers ont été transformés, lesquels ont été supprimés, lesquels ont été créés, et surtout, quelles leçons nous pouvons en tirer pour les années à venir. Car si les trois premières années de l’ère ChatGPT ont été celles de la disruption, les prochaines seront celles de la restructuration profonde du marché du travail mondial.

💡 Le contexte en chiffres (février 2026)
• 78 % des entreprises du Fortune 500 utilisent activement des outils d’IA générative
• 42 % des tâches cognitives de routine sont partiellement automatisées par l’IA
• Le marché mondial de l’IA générative atteint 140 milliards $ (contre 8 milliards en 2022)
• 2,4 millions d’emplois impactés en France selon l’INSEE
• 850 000 nouveaux emplois liés à l’IA créés en Europe en 3 ans

Les chiffres clés de la transformation

Avant de plonger dans l’analyse sectorielle, posons les grandes tendances macroéconomiques. Les données les plus fiables proviennent de trois sources principales : l’enquête annuelle de l’OCDE sur l’emploi et l’IA (publiée en novembre 2025), le rapport McKinsey Global Institute « Work in the Age of Generative AI » (3ème édition, septembre 2025), et l’étude Goldman Sachs « The Potentially Large Effects of AI on Economic Growth » (mise à jour de janvier 2026).

Emplois directement supprimés

Selon les données consolidées, environ 14 millions d’emplois ont été directement supprimés dans les pays de l’OCDE entre 2023 et 2025 en lien avec l’adoption de l’IA générative. Ce chiffre, bien que significatif, est nettement inférieur aux prévisions les plus alarmistes de 2023. Goldman Sachs avait estimé que 300 millions d’emplois seraient « exposés » à l’automatisation par l’IA générative dans le monde — mais « exposé » ne signifie pas « supprimé ». La plupart des emplois exposés ont été transformés, pas éliminés.

Emplois transformés

C’est la catégorie la plus importante et la plus sous-estimée. Environ 85 millions d’emplois dans les pays de l’OCDE ont vu leur contenu évoluer significativement en raison de l’intégration de l’IA. Cela signifie que les personnes occupant ces postes font le même travail fondamental, mais avec des outils, des méthodes et des compétences différentes. Un développeur qui utilise GitHub Copilot quotidiennement fait toujours le même métier, mais sa productivité a augmenté de 30 à 55 % et les compétences qui le différencient ont changé (moins de syntaxe, plus d’architecture et de prompt engineering).

Emplois créés

L’OCDE estime que 19 millions de nouveaux emplois ont été créés dans les pays membres en lien direct ou indirect avec l’IA entre 2023 et 2025. Ces emplois se répartissent entre des rôles techniques (ingénieurs ML, data scientists, prompt engineers), des rôles hybrides (IA + domaine métier) et des rôles de support (formation, éthique, conformité). Le solde net est donc légèrement positif en termes de nombre d’emplois, mais cette moyenne cache des disparités considérables entre secteurs, régions et niveaux de qualification.

Les métiers les plus impactés

L’impact de l’IA générative sur l’emploi n’a pas été uniforme. Certains métiers ont été transformés en profondeur, d’autres ont résisté mieux que prévu. Voici l’analyse détaillée des quatre secteurs les plus touchés.

Rédacteurs et journalistes : la première ligne de front

Les métiers de la rédaction ont été, sans conteste, les premiers et les plus durement touchés par l’IA générative. Et pour cause : la production de texte est la compétence fondamentale de ChatGPT et de ses successeurs.

L’hécatombe du contenu web

Le secteur du contenu web (rédaction SEO, descriptions produits, articles de blog, copywriting) a subi une contraction brutale. Selon une étude de la Freelancers Union américaine, le revenu médian des rédacteurs freelance a chuté de 37 % entre 2023 et 2025. En France, la Société des Gens de Lettres rapporte une baisse similaire de 32 % du volume de commandes pour les rédacteurs professionnels.

Les plateformes de freelancing confirment cette tendance. Sur Malt, la première plateforme française de freelancing, le nombre de missions de « rédaction web » publiées a chuté de 62 % entre 2023 et 2025, tandis que les missions de « stratégie de contenu IA » ont augmenté de 340 %. Le message est clair : les entreprises n’ont plus besoin de rédacteurs pour produire du contenu, mais elles ont besoin de stratèges pour orchestrer la production de contenu par l’IA.

Le journalisme sous pression

Le journalisme a été impacté différemment selon les segments. Le journalisme d’investigation et d’analyse de fond a relativement peu souffert — l’IA ne sait pas enquêter, développer des sources humaines ou contextualiser des informations complexes. En revanche, le journalisme de desk (réécriture de dépêches, brèves, comptes-rendus factuels) a été massivement automatisé.

L’Associated Press utilise l’IA pour produire des milliers d’articles factuels par jour depuis 2014, mais la tendance s’est accélérée massivement depuis 2023. Bloomberg, Reuters, Le Monde et de nombreuses autres rédactions ont intégré des outils d’IA générative dans leurs workflows. Le résultat : moins de journalistes « presse-bouton », mais une demande accrue pour des journalistes capables de raconter des histoires que l’IA ne peut pas écrire seule.

« L’IA a fait aux rédacteurs ce que la calculatrice a fait aux comptables dans les années 1980 : elle a rendu la compétence de base tellement accessible qu’elle ne justifie plus un emploi à elle seule. Ce qui a de la valeur maintenant, c’est l’expertise, le jugement éditorial et la capacité à créer du contenu que l’IA ne peut pas imiter. » — Éric Scherer, directeur de l’innovation à France Télévisions

Les survivants et les gagnants

Tous les rédacteurs n’ont pas souffert. Ceux qui ont su s’adapter ont parfois vu leurs revenus augmenter significativement. Les content strategists (qui définissent la stratégie éditoriale et supervisent la production de contenu mixte humain/IA) gagnent en moyenne 25 % de plus que les rédacteurs traditionnels d’il y a trois ans. Les rédacteurs spécialisés dans des domaines de niche complexes (médical, juridique, technique) restent très demandés car l’IA produit encore trop d’erreurs factuelles dans ces domaines sensibles.

Designers et créatifs : entre augmentation et remplacement

Le choc Midjourney et DALL-E

L’arrivée de Midjourney V5, DALL-E 3 puis Midjourney V6 et des modèles de génération vidéo (Sora, Runway Gen-3, Kling) a provoqué un séisme dans le monde du design. Les illustrations « stock », les maquettes simples, les visuels pour les réseaux sociaux et même certains travaux de direction artistique sont désormais produits par IA en quelques secondes pour un coût quasi nul.

L’impact a été particulièrement brutal pour les illustrateurs et les graphistes freelance de niveau intermédiaire. Selon une étude du Syndicat National des Artistes Auteurs (SNAA), 41 % des illustrateurs professionnels français ont vu leur chiffre d’affaires baisser de plus de 30 % en 2024. Les plateformes de stock photo comme Shutterstock et Getty Images ont vu leur nombre de contributeurs humains chuter de 28 %, tandis que le volume d’images générées par IA sur ces mêmes plateformes a été multiplié par quinze.

La polarisation du marché

Le marché du design s’est polarisé entre deux extrêmes :

⚠️ Le paradoxe du design IA
Les entreprises qui ont massivement adopté le design par IA constatent un problème inattendu : l’uniformisation. Quand tout le monde utilise Midjourney avec des prompts similaires, le résultat est un océan de visuels qui se ressemblent. Les marques qui veulent se différencier ont donc encore plus besoin de directeurs artistiques humains capables de créer une identité visuelle unique. L’IA a démocratisé le « bon design », mais a paradoxalement augmenté la valeur du « design exceptionnel ».

Développeurs : productivité décuplée, emplois redistribués

L’impact de GitHub Copilot et de ses successeurs

Le secteur du développement logiciel est un cas d’étude fascinant, car l’impact de l’IA y a été à la fois massif et nuancé. GitHub Copilot, lancé en juin 2022, a été le premier outil de coding assisté par IA à atteindre une adoption massive (plus de 1,8 million d’utilisateurs payants fin 2025). Depuis, Cursor, Windsurf, Cody (Sourcegraph), Amazon CodeWhisperer et une multitude d’outils ont rejoint le marché.

Les études d’impact sont unanimes : ces outils augmentent la productivité des développeurs de manière significative. L’étude de GitHub (confirmée par des études indépendantes de l’Université de Stanford et du MIT) montre que les développeurs utilisant Copilot complètent leurs tâches 35 à 55 % plus rapidement et rapportent une satisfaction au travail supérieure (moins de tâches répétitives, plus de temps pour la conception et la résolution de problèmes).

Moins de développeurs juniors, plus de développeurs « augmentés »

L’impact le plus significatif sur l’emploi concerne les développeurs juniors. Historiquement, les entreprises embauchaient de nombreux développeurs juniors pour les tâches de code « boilerplate » (code répétitif, tests unitaires, intégrations simples), avec l’idée qu’ils monteraient en compétences progressivement. L’IA a largement automatisé ces tâches d’entrée de gamme, créant un « paradoxe de la rampe d’accès » : comment les futurs développeurs seniors acquerront-ils de l’expérience si les tâches juniors sont automatisées ?

Les données montrent une réduction de 15 à 20 % des embauches de développeurs juniors dans les grandes entreprises tech entre 2023 et 2025 (selon les données de LinkedIn et Indeed). En revanche, les embauches de développeurs mid-level et seniors ont augmenté, car les entreprises ont besoin de professionnels capables de superviser et de valider le code généré par l’IA.

Les nouveaux profils recherchés

Le profil du développeur recherché a évolué. Les compétences les plus demandées en 2026 sont :

« Le développeur de 2026 n’est plus quelqu’un qui tape du code toute la journée. C’est un architecte-chef d’orchestre qui conçoit des systèmes, supervise des agents IA qui codent, et passe la majorité de son temps à réfléchir, communiquer et prendre des décisions techniques. C’est un métier fondamentalement différent de celui d’il y a trois ans. » — Kent Beck, créateur de l’Extreme Programming

Comptables et métiers financiers : l’automatisation silencieuse

Une transformation moins visible mais profonde

Contrairement aux rédacteurs et aux designers, les comptables et les professionnels de la finance n’ont pas fait la une des journaux. Pourtant, leur métier a été profondément transformé par l’IA, de manière plus silencieuse mais tout aussi significative.

Les cabinets comptables ont massivement adopté des outils d’IA pour automatiser la saisie comptable (OCR + IA pour le traitement automatique des factures), la réconciliation bancaire, la production de bilans et de déclarations fiscales, et même l’audit de routine. Des outils comme Dext, Pennylane (startup française !), Tiime et QuickBooks AI ont rendu ces tâches quasi-automatiques.

Résultat : le nombre de collaborateurs comptables nécessaires pour gérer un portefeuille client donné a diminué d’environ 30 % selon l’Ordre des Experts-Comptables. Mais les cabinets n’ont pas licencié massivement — ils ont plutôt réorienté leurs équipes vers des services à plus forte valeur ajoutée : conseil stratégique, accompagnement à la transformation digitale, optimisation fiscale complexe, analyse prédictive.

Les métiers financiers de marché

Dans la finance de marché, l’impact a été plus brutal. Les analystes quantitatifs junior, les opérateurs de back-office et les analystes de risque de routine ont vu leurs effectifs fondre. JPMorgan a annoncé que son outil LOXM (trading IA) et son système COiN (analyse de documents juridiques par IA) ont remplacé l’équivalent de 360 000 heures de travail humain par an. Goldman Sachs a réduit de 25 % ses effectifs en back-office entre 2023 et 2025, en grande partie grâce à l’automatisation par IA.

En contrepartie, les métiers de structuration, de gestion de patrimoine et de financement complexe (M&A, project finance) restent largement humains et sont même en croissance, car ils nécessitent du jugement, de la négociation et une compréhension des dynamiques interpersonnelles que l’IA ne maîtrise pas.

Les nouveaux métiers créés par l’IA

Si l’IA a transformé ou supprimé certains emplois, elle en a aussi créé de nouveaux, souvent inédits et parfois surprenants. Voici les plus significatifs :

Prompt Engineer

Le métier le plus emblématique de l’ère de l’IA générative. Un prompt engineer conçoit, teste et optimise les instructions données aux modèles d’IA pour obtenir les meilleurs résultats possibles. Contrairement à ce que beaucoup pensaient en 2023, ce métier ne s’est pas banalisé — au contraire, il s’est professionnalisé et spécialisé. Les prompt engineers seniors, capables de concevoir des systèmes de prompts complexes pour des applications critiques (santé, juridique, finance), peuvent gagner entre 80 000 et 150 000 € par an en Europe.

AI Trainer / RLHF Specialist

Ces professionnels entraînent les modèles d’IA en fournissant du feedback humain (RLHF — Reinforcement Learning from Human Feedback). C’est un métier intensif en main-d’œuvre qui emploie des dizaines de milliers de personnes dans le monde, des « data workers » au Kenya et aux Philippines aux experts domaine de haut niveau qui annotent des données spécialisées (médical, juridique, code). C’est aussi un métier qui soulève des questions éthiques sérieuses sur les conditions de travail des annotateurs dans les pays en développement.

AI Ethics Officer

Avec l’entrée en application de l’AI Act européen, la demande pour des responsables éthique de l’IA a explosé. Ces professionnels, souvent issus du droit, de la philosophie ou des sciences sociales, sont chargés de s’assurer que les systèmes d’IA de leur entreprise sont conformes à la réglementation, non discriminatoires et transparents. Selon LinkedIn, les offres d’emploi pour ce type de poste ont augmenté de 800 % entre 2023 et 2025 en Europe.

AI Integration Specialist

Le métier de « spécialiste en intégration IA » est devenu l’un des plus demandés du marché. Ces professionnels ne développent pas de modèles d’IA — ils intègrent les modèles existants dans les systèmes informatiques des entreprises. C’est un métier hybride qui nécessite des compétences techniques (API, cloud, données) et une compréhension business (workflows, processus métier, gestion du changement).

AI Content Strategist

Comme mentionné dans la section sur les rédacteurs, le stratège de contenu IA est un nouveau rôle qui combine expertise éditoriale et maîtrise des outils d’IA générative. Il définit la stratégie de contenu, orchestre la production (mix humain/IA), assure la qualité et la cohérence, et mesure l’impact. C’est l’évolution naturelle du directeur éditorial à l’ère de l’IA.

AI Product Manager

Les chefs de produit spécialisés en IA sont devenus des profils très recherchés. Leur rôle : définir et piloter le développement de produits intégrant de l’IA, en faisant le pont entre les équipes techniques (ML engineers, data scientists), les équipes business et les utilisateurs finaux. C’est un métier qui exige une compréhension fine de ce que l’IA peut et ne peut pas faire, combinée à des compétences classiques de product management.

Formation et reconversion : le grand chantier

L’urgence de la formation continue

L’un des plus grands défis posés par la transformation IA du marché de l’emploi est celui de la formation et de la reconversion. Les travailleurs dont les métiers sont impactés doivent acquérir de nouvelles compétences, souvent très différentes de celles qu’ils possèdent. Et le rythme de changement est tel que les systèmes de formation traditionnels peinent à suivre.

En France, le plan « France Compétences IA », lancé fin 2024, a alloué 500 millions € sur trois ans pour financer des formations IA à destination des travailleurs en reconversion. Le CPF (Compte Personnel de Formation) a été enrichi avec des centaines de formations certifiantes en IA, allant de l’initiation (« Utiliser l’IA dans mon métier ») aux formations techniques avancées (« Machine Learning Engineer » chez OpenClassrooms, « AI for Business » chez HEC).

Les modèles qui fonctionnent

Plusieurs modèles de formation ont émergé comme particulièrement efficaces :

Les difficultés persistantes

Malgré ces efforts, la reconversion reste un défi majeur pour de nombreux travailleurs. Les obstacles les plus fréquemment cités sont :

✅ Conseil pratique pour les travailleurs en reconversion
La stratégie la plus efficace n’est pas de chercher à devenir un expert en IA, mais de devenir un expert dans votre domaine qui maîtrise l’IA. Un comptable qui sait utiliser les outils d’IA comptable a beaucoup plus de valeur qu’un comptable qui ne le sait pas — et beaucoup plus de valeur qu’un ingénieur IA qui ne comprend rien à la comptabilité. La compétence gagnante est l’intersection entre expertise métier et maîtrise de l’IA.

Témoignages : ils ont vécu la transformation

Marie, 34 ans, ex-rédactrice web, aujourd’hui content strategist IA

« En 2023, j’ai vu mes revenus de freelance fondre de moitié en six mois. Les clients me disaient ouvertement qu’ils utilisaient ChatGPT à ma place. J’ai eu un moment de panique, puis j’ai décidé de me former. J’ai suivi une formation en stratégie de contenu IA chez OpenClassrooms (6 mois, financée par le CPF) et j’ai commencé à proposer un nouveau service : au lieu de rédiger des articles, j’aide les entreprises à mettre en place leur pipeline de production de contenu avec l’IA. Je définis la stratégie éditoriale, je configure les outils, je crée les prompts, je mets en place le processus de validation humaine, et je mesure les résultats. Aujourd’hui, je gagne 40 % de plus qu’avant, mais surtout, mon travail est beaucoup plus intéressant. Je ne rédige plus des articles de 500 mots sur des sujets qui ne m’intéressent pas — je réfléchis, je crée des systèmes, je conseille. »

Thomas, 28 ans, développeur fullstack

« GitHub Copilot a changé ma vie professionnelle. Au début, j’avais peur — je me disais que si l’IA pouvait écrire du code, on n’aurait plus besoin de moi. En réalité, c’est l’inverse qui s’est passé. Copilot me fait gagner 2 à 3 heures par jour sur les tâches répétitives (écrire des tests, du boilerplate, des CRUD basiques), et je peux utiliser ce temps pour l’architecture, le design system et la résolution de problèmes complexes. Mon entreprise m’a promu tech lead il y a six mois, justement parce que je suis devenu un expert en « coding augmenté par l’IA ». Par contre, je vois que mon entreprise n’embauche quasiment plus de développeurs juniors, et ça me préoccupe pour l’avenir du métier. »

Fatima, 52 ans, experte-comptable

« Dans mon cabinet, on a intégré Pennylane et des outils d’IA il y a deux ans. Au début, mes collaborateurs étaient terrifiés. Aujourd’hui, ils ne reviendraient en arrière pour rien au monde. La saisie comptable, qui prenait 60 % de notre temps, est presque entièrement automatisée. On se concentre sur le conseil, l’accompagnement stratégique et la relation client. On a même recruté deux personnes de plus — pas des comptables classiques, mais un data analyst et une spécialiste en transformation digitale. Le métier a changé, mais honnêtement, il est devenu plus passionnant. Le problème, c’est pour les collaborateurs juniors qui faisaient de la saisie : ces postes ont disparu, et on ne sait pas bien par quoi les remplacer pour former la prochaine génération. »

Julien, 42 ans, illustrateur freelance

« C’est le témoignage que personne ne veut entendre, mais je vais être honnête : l’IA a détruit mon métier tel que je le pratiquais. Je faisais des illustrations pour des éditeurs, des agences de com et des startups. En 2024, mes commandes ont chuté de 60 %. Les clients utilisent Midjourney et sont satisfaits du résultat pour une fraction du prix. J’ai essayé de me repositionner sur le haut de gamme, mais la concurrence est féroce. J’ai essayé d’utiliser l’IA comme outil, mais psychologiquement, c’est dur d’utiliser l’outil qui vous a remplacé. Aujourd’hui, je suis en reconversion vers le UX design, et je complète mes revenus avec de l’enseignement. Mais je ne vais pas mentir : j’ai perdu un métier que j’aimais, et ça fait mal. »

Ce que disent les études (McKinsey, Goldman Sachs, OCDE)

McKinsey Global Institute : « A New Future of Work » (septembre 2025)

La troisième édition du rapport phare de McKinsey sur l’IA et l’emploi a revu ses projections à la hausse. Les conclusions principales :

Goldman Sachs : mise à jour de janvier 2026

Goldman Sachs a mis à jour son étude de 2023 avec des données réelles sur l’impact observé. Les conclusions sont plus optimistes que prévu sur le plan macroéconomique :

OCDE : Employment Outlook 2025

Le rapport de l’OCDE est le plus prudent des trois, mais aussi le plus nuancé :

Prospective 2027-2030 : ce qui nous attend

La vague des agents autonomes

La prochaine grande rupture du marché de l’emploi ne viendra pas des chatbots plus intelligents, mais des agents IA autonomes — des systèmes capables non seulement de répondre à des questions, mais d’effectuer des actions concrètes dans le monde réel : passer des commandes, rédiger et envoyer des emails, planifier des projets, gérer des processus administratifs de bout en bout.

OpenAI, Google, Anthropic et de nombreuses startups (dont Dust et Adept en France) travaillent activement sur ces systèmes. Quand ils atteindront un niveau de fiabilité suffisant pour une utilisation en production (estimé entre 2027 et 2028), une nouvelle vague d’automatisation touchera les métiers de bureau : assistants administratifs, coordinateurs de projet, gestionnaires de planning, agents de service client. McKinsey estime que cette vague pourrait impacter 30 à 50 millions d’emplois supplémentaires dans les pays de l’OCDE.

L’émergence de l’« économie IA »

D’ici 2030, l’économie sera structurée autour de l’IA de la même manière qu’elle s’est structurée autour d’Internet dans les années 2000. Cela signifie que quasiment tous les emplois intégreront une composante IA, de la même manière que quasiment tous les emplois intègrent aujourd’hui une composante numérique. Le concept de « métier de l’IA » disparaîtra progressivement — l’IA sera simplement un outil parmi d’autres dans la boîte à outils de chaque profession.

Les métiers les plus résilients

Les projections convergent pour identifier les catégories d’emplois les plus résilientes face à l’IA :

💡 Les compétences clés pour 2030
Selon le World Economic Forum et McKinsey, les compétences les plus demandées en 2030 seront :
1. Pensée critique et résolution de problèmes complexes
2. Créativité et innovation
3. Intelligence émotionnelle et leadership
4. Maîtrise des outils d’IA (« AI literacy »)
5. Adaptabilité et apprentissage continu
6. Communication et collaboration interdisciplinaire

Conclusion : ni apocalypse, ni paradis

Trois ans après ChatGPT, le bilan de l’impact de l’IA sur l’emploi est celui d’une transformation profonde mais inégale. Non, l’IA n’a pas provoqué le chômage de masse. Mais oui, elle a détruit des emplois — et les personnes qui les occupaient ont souffert, parfois durement. Les chiffres globaux (solde net légèrement positif) masquent des réalités individuelles douloureuses : des rédacteurs qui ne trouvent plus de travail, des illustrateurs reconvertis par nécessité, des juniors qui peinent à mettre le pied dans le marché du travail.

Dans le même temps, l’IA a créé de nouvelles opportunités extraordinaires. Les travailleurs qui ont su s’adapter gagnent plus, travaillent mieux et font des choses plus intéressantes. Les entreprises qui ont adopté l’IA intelligemment sont plus productives et plus compétitives. Et de nouveaux métiers fascinants ont émergé, créant des carrières qui n’existaient pas il y a trois ans.

La leçon principale de ces trois premières années est peut-être celle-ci : l’IA ne remplace pas les gens, elle remplace des tâches. Et quand suffisamment de tâches d’un métier sont automatisées, le métier change de nature. Le comptable devient conseiller stratégique. Le développeur devient architecte-chef d’orchestre. Le rédacteur devient stratège de contenu. Le changement est réel, profond et souvent douloureux — mais il n’est pas la fin du travail humain. C’est sa transformation.

Pour les années à venir, l’enjeu n’est plus de savoir si l’IA va transformer l’emploi — c’est acté — mais de savoir comment nous allons gérer cette transformation. Investir massivement dans la formation, protéger les travailleurs les plus vulnérables, réguler intelligemment (l’AI Act européen est un bon début), et surtout, ne jamais oublier que derrière les chiffres et les tendances, il y a des êtres humains qui vivent, travaillent et espèrent. La technologie est un outil. Ce que nous en faisons reste un choix de société.

« L’IA est la plus puissante technologie que l’humanité ait jamais créée. Son impact sur l’emploi sera au moins aussi important que celui de la révolution industrielle. Mais contrairement à la révolution industrielle, qui a mis un siècle à transformer le marché du travail, l’IA le fera en une décennie. C’est cette vitesse de transformation qui est le vrai défi — pas la transformation elle-même. » — Daron Acemoglu, économiste au MIT, prix Nobel d’économie 2024

Sources

  1. McKinsey Global Institute, « A New Future of Work: The Race to Deploy AI and Raise Skills », 3ème édition, septembre 2025.
  2. Goldman Sachs, « The Potentially Large Effects of AI on Economic Growth: 2026 Update », janvier 2026.
  3. OCDE, « Employment Outlook 2025: Artificial Intelligence and the Labour Market », novembre 2025.
  4. INSEE, « L’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi en France : premiers résultats », décembre 2025.
  5. GitHub, « The State of AI in Software Development 2025 », octobre 2025.
  6. World Economic Forum, « The Future of Jobs Report 2025 », mai 2025.
  7. LinkedIn Economic Graph, « AI Talent Insights: Global Trends 2025 », août 2025.
  8. Ordre des Experts-Comptables, « Rapport annuel 2025 : la transformation numérique de la profession », novembre 2025.
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